Mon premier livre « d’adulte », je l’ai déniché par le plus grand des hasards, très jeune, dans une petite bouquinerie appelée « Le pré aux sources ». Je n’avais jamais entendu parler de Philippe Djian avant de lire « 37°2 le matin », bien longtemps après la sortie du film éponyme détestable.
Ca a allumé quelque chose d’énorme en moi. L’envie de lire, d’écrire, de découvrir toute cette littérature américaine dont est imprégnée l’oeuvre de Djian que j’ai dévorée intégralement en moins de trois mois.
Depuis, je n’ai eu cesse de me fabriquer ma propre culture américaine, alimentée de tout ce que j’ai pu trouver, et que je continue de nourrir aujourd’hui.
Plus tard, bien plus tard, j’ai découvert Bret Easton Ellis et Jay Mc Innerney, deux petits génies de la littérature que l’on a souvent comparés car ils étaient les seuls de leur génération à atteindre un tel niveau de perfection lorsqu’il s’agissait de dépeindre une certaine société dorée américaine de la fin des années 80. Jeunesse perdue, désabusée, carburant aux drogues chimiques, à l’alcool, à la cool attitude, aux rapports sociaux et au manque total de confiance en soi ou en tout ce qui concernait le lendemain.
Dans « Bright lights, big city », Jay Mc Innerney nous raconte la vie d’un éternel apprenti écrivain (il y a presque toujours un écrivain qui n’arrive pas à écrire dans les bouquins dont je vous parle), new-yorkais fraichement largué par sa femme devenue mannequin un peu par erreur. Si le scénario vous semble cliché, c’est normal. Ce ne sont pas là vraiment les scénarios qui comptent, mais plutôt l’ambiance qui vous colle à la peau tout au long du bouquin et même après. L’odeur feutrée des fins de nuit dans des bars louches, les échanges de regard entre deux âmes errant sans but à 4 heures du matin par peur d’aller se coucher, le goût de la bière fraiche quand il fait chaud, la caresse d’une goutte de sueur, le bourdonnement persistant des insomnies de la ville. La mélancolie de la solitude qui vous fait sortir des phrases magnifiques au moment où personne n’est là pour les entendre.
Rien de très joyeux, en somme, me direz-vous, mais il est un fait avéré que c’est aux âmes en perdition que l’on doit les plus belles réflexions, les plus vibrantes sur le sens (ou le nonsens) de la vie. Parce que la souffrance existentielle pousse le narrateur dans de tels retranchements, dans de telles intériorisations, qu’il en ressort des monologues d’une violente émotion et d’une cruelle justesse. Quand j’ouvre un de ces bouquins, j’ai un peu l’impression de retrouver le même narrateur. Seuls changent les mots, le rythme, le style parce que chacun de ces auteurs sait insuffler la vie à son anti-héros avec une magie qui lui est propre.
Voilà donc une petite liste des 10 bouquins à vous procurer pour appréhender l’univers des anti-héros américains dont je chéris le souvenir plus encore que s’ils eussent été mes amants :
INFOS :
1°) « Lent dehors » de Philippe Djian en Folio (Gallimard) 448 pages
2°) « Un été dans l’Ouest » de Philippe Labro en Folio (Gallimard) 281 pages
3°) « Sur la route : le rouleau original » de Jack Kerouac (Gallimard) 505 pages
4°) « Moins que zéro » de Bret Easton Ellis (10/18) 249 pages
5°) « Bright lights, big city » de Jay Mc Innerney (Points) 221 pages
6°) “L’attrappe-coeur”, de J.D. Salinger (Pocket) 252 pages
7°) « Las Vegas Parano » de Hunter S. Thompson (Folio) 296 pages
8°) « Alabama song » de Gilles Leroy (Folio) 218 pages
9°) « American tabloïd » de James Ellroy (Rivages) 800 pages
10°) « 37°2 Le matin » de Philippe Djian (Jai Lu) 377 pages

