Vous pouvez aller pique niquer au Parc Josaphat, au Bois de la Cambre ou encore au Parc de Woluwe… Vous les connaissez par cœur et savez très bien où trouver les belles étendues d’herbes pour y installer nappe, couverts et verres. Moi, j’avais envie de vous parler de parcs un peu moins connus, un peu moins courus mais tout aussi agréables.

Le premier qui me vient à l’esprit c’est le .  Ancien cimetière d’, désaffecté en 1966, il doit sa sauvegarde à son inscription en zone d’espace vert dans le premier plan d’aménagement de la Région Bruxelloise. La commune d’ sortira bec et ongle pour le lotir, en vain. Le jeune Ministère des Affaires bruxelloises le rachète en 1985 et confie son aménagement aux architectes paysagistes Jean-Noël Capart et Jacques Boulanger-Français.  Le tracé et la largeur des allées de l’ancien cimetière ainsi que l’alignement des marronniers et de tilleuls ont été conservés. Le sol a été recouvert d’anciennes pierres tombales tandis que des moellons maçonnés effacent les différences de niveaux. C’est ainsi que malgré les neuf mètres de dénivelé entre l’avenue Georges Henri et le bas du site, aucune marche d’escalier n’interrompt la promenade. La grande pelouse centrale, vallonnée et dégagée est une invitation à la paresse. C’est là que je vous invite à jeter votre nappe et vous régaler des mille délices que vous aurez pris soin de préparer en suivant (ou pas) les conseils du Canard Bizarre.


Est-ce vraiment Gulliver qui surveille les enfants?

Au fond du parc, l’immense bac à sable est un terrain de jeu et d’aventure dans le quel un improbable Gulliver sorti tout droit de l’île de Pâques reste impassible au milieu des cris de joie des enfants. On ne quittera pas cet endroit sans s’être rendu devant le magnifique Monument Ravensbrück de Thérèse Chotteau, dédié aux femmes résistantes et à leurs enfants morts dans les camps allemands pendant la guerre 40-45. Sur un sol de terre boueuse, une femme adulte, la tête fière le corps droit vous regarde dans les yeux. Elle entoure d’un bras protecteur un enfant blotti contre elle.


Hommage à celles qui se sont battues pour notre liberté

On sent toute la douleur d’une mort annoncée mais aussi un encouragement à ne pas baisser les bras et continuer de lutter contre la barbarie. Sur le lutrin, à droite du monument, un extrait d’une lettre de Marguerite Bervoets, jeune poète et enseignante décapitée le 8 août 1944 à Wolfenbuttel est gravé dans la pierre. Petite incitation à la gourmandise, ne manquez pas de faire la file chez Capoue, en sortant du parc. Leurs glaces sont un délice.

Parc  Georges Henri

Situation : entre le square de Meudon, l’avenue Georges Henri le clos des Quatre Saisons et la rue Montagne des Cerisiers à Woluwé Saint Lambert
Bus : 27-29 (arrêt Verheylewegen) 27-28-80 (arrêt Meudon) 29 (arrêt Speeckaert)
Métro : station Gribaumont
Ouverture: octobre >avril: 08:00>18:00 mai>septembre : 08:00>21:00

Le Parc Tenbosh, quant à lui, est remarquable pour sa collection d’arbres et d’arbustes. Il n’aurait pu ne jamais voir le jour et disparaître à jamais sans le combat opiniâtre d’un comité de quartier. Malgré un premier succès en 1976, les promoteurs ne lâchent pas prise. Vous pensez bien, 3 hectares à deux pas de l’avenue Louise, ça vaut son pesant de bennes à béton. Et de trafic d’influences de toutes sortes.


Tenbosch, un des parcs les plus agréables de la région bruxelloise, a failli de jamais exister.

La commune d’ autorise en 1980 la construction de 178 appartements de luxe. Par ici la manne des impôts se dit le Collège de la Place Fernand Cocq. C’était sans compter sur le Ministère des Affaires Bruxelloises qui met son veto. Le terrain est racheté par la Région, le Bureau Péchère se met au travail en concertation avec l’ancien jardinier du domaine. Une petite parenthèse historique. La propriété appartenait à un certain Jean-Louis Semet, amateur éclairé et fortuné qui au lieu de collectionner les timbres-postes ou les trains électriques préférait les arbres…  C’est ainsi que son petit domaine s’est progressivement transformé en arboretum contenant des exemplaires uniques en Belgique. Avouez que pique-niquer entourés d’arbres au nom aussi magiques qu’arbre à cuir, laurier de Californie, arbre à mouchoirs, tilleul de Mongolie ou mûrier du ver à soie, ça le fait.

Situation : entre la rue des Mélèzes, la  rue Hector Denis et la  chaussée de Vleurgat à ixelles
Bus : 38 (arrêt Van Eyck et Vleurgat) 60 (arrêt Vleurgat)Tram: 93-94 (arrêt Vleurgat)
Ouverture: octobre >avril: 08:00>18:00  mai>septembre : 08:00>21:00

Un autre de mes jardins préférés est celui de la . Si vous êtes nombreux, je ne le recommande pas comme lieu de pique-nique. Il ne s’y prête pas vraiment. Par contre, pour le promeneur solitaire ou le couple amoureux, c’est l’endroit idéal pour une étape casse-croûte. Après avoir traversé la cour d’entrée d’une belle maison style renaissance flamande, on entre dans une autre dimension, loin de la foule déchainée. Comme dans un cloître, nous voilà dans le Jardin des simples.


Le Jardin des Simples appelé aussi Jardin des Malades

Dessiné par René Pechère, inspiré des jardins typiques du moyen-âge, il est divisé en 16 carrés dans lesquels on retrouve la centaine de plantes médicinales qu’employaient les médecins d’Erasme pour le guérir de ses maux (peste, calcul aux reins, dysenterie, maux de tête et autres ; Erasme, ne l’oublions pas, était aussi hypocondriaque…).

Derrière ce jardin du corps, il y a le jardin philosophique. On y accède en traversant une arcade en brique. L’architecte paysagiste Benoît Fondu a imaginé des parterres en forme de feuilles, chacune contenant un échantillon botanique des paysages traversés par Erasme au cours de ses voyages,histoire de nous rappeler qu’Erasme fût le premier véritable européen. Quatre itinéraires ont été retenus : l’intérieur des Pays-Bas d’une part et les routes qui mènent à Londres, Rome et Bâle.


Des feuilles et des fleurs pour nous rappeler les voyages d’Erasme à travers l’Europe

Jardin du monde, ce lieu abrite aussi une série d’espaces créés par des artistes contemporains. J’ai retenu le travail de qui a imaginé sept bassins d’eau en forme de larme au milieu desquels on retrouve des phrases puisées dans l’œuvre d’Erasme telles que « Je suis un citoyen du monde, partout chez moi, ou plutôt, partout un étranger » ou « La patrie est là où on se sent bien ».


« Je suis un citoyen du monde, partout chez moi, ou plutôt, partout un étranger »

Ou le puits de Bob Verschueren au fond duquel on plonge dans la souche d’un tronc de hêtre d’où s’écoule un mince filet d’eau.


Le volcan de vie de Bob Verschueren

Le travail végétal de Bob Verschueren trouve ici un sens tout particulier dans la mesure où son langage plastique habituellement placé sous le signe de l’éphémère est ici appelé à perdurer. La mort est aussi source de vie.

Le jardin de la maison d’Erasme

Situation : rue du Chapitre, 31 à Anderlecht
Bus : 46-49 (arrêt Siant-Guidon)
Tram : 56 (arrêt Saont-Guidon)Métro : station Saint-Guidon
Ouverture: 10:00>12:00 et 14:00>17:00 sauf mardis et vendredis

INFOS :


Pour mieux connaître les parcs et jardins de Bruxelles, je vous recommande vivement la lecture de :
Bruxelles en vert
Guide-promenades des jardins publics, du Molenbeek à Woluwe
Thierry Demey
Edition Badeau

G. Heauffroid | 1 août 2012 | Architecture