Bruxelles, le 14 mai 2012
Deux costumes-cravates, à quelques kilomètres à peine de chez nous, se disputaient il y a quelques jours encore l’avenir d’un pays et de sa population, tentant d’appâter cette dernière à coups de promesses douteuses et des slogans simplistes, longuement élaborés par une équipe de « com’ » grassement payée. Personne n’est dupe, pas même ceux qui hurlent leur nom la voix nouée, des étincelles plein les yeux. Nous savons tous que ces deux bonhommes ne sont pas là par altruisme mais par intérêt personnel, que leurs discours sentent le réchauffé, que nous ne verrons sans doute jamais se réaliser le programme électoral dont ils nous vantent si âprement les mérites incomparables et que les chiffres contradictoires sur lesquels ils basent leur argumentation sont issus de statistiques auxquelles on peut, finalement, faire dire ce que l’on veut.
Un gouvernement brinquebalant, pour ne pas qu’on dise que je me contente de jeter la pierre à nos voisins, berce ses électeurs de douces désillusions. Quelques compromis faiblards font tenir le tout aussi efficacement que le papier collant dont je m’étais servie gamine pour réparer ce petit vase fragile, pas vraiment beau, mais qui comptait tellement aux yeux de ma grand-mère. On n’est pas très fier de l’ouvrage, mais on espère tout de même que ça fera l’affaire. On le range dans un coin du salon, pas trop en évidence, en faisant mine de s’intéresser à d’autres problèmes plus urgents, en priant pour que ça tienne… au moins un temps.
Une banque récemment rachetée par l’État dépense au moins vingt millions pour changer de nom. Réassortiment de papiers et d’enveloppes à en-tête, relooking des agences, campagne publicitaire, etc. : paradoxalement, rien n’est épargné ! Certes, l’heure de l’économie énergétique et budgétaire a sonné… mais surtout pour monsieur et madame tout-le-monde, qui sont désormais priés de placer des ampoules énergétiques et de trier consciencieusement leurs déchets, tout en revoyant leurs dépenses à la baisse. Je l’avoue : je digère assez mal le fait d’avoir reçu une amende de près de 200 euros pour avoir jeté une boite de conserve dans ma poubelle blanche, quand d’autres reçoivent de l’argent pour gaspiller.
Nos abribus affichent des publicités qui réduisent le consommateur à un être primaire, obnubilé par des besoins tout à fait primitifs. « Oh toi homme qui ne pense qu’avec ton pénis, achète donc cette montre colorée à côté de laquelle on a placé une mannequin aux seins nus ! Quel rapport avec la montre ? Aucun, cher futur client, on savait seulement que cela attirerait ton regard d’animal en rut. » Et je ne vous parle même pas de l’ensemble de conneries qu’on peut entendre dès qu’on allume un téléviseur, au point que j’ai décidé de bannir de chez moi les chaînes publiques, afin de me préserver de l’effet hypnotisant du type « Plus belle la vie » ou « Secret story ».
Certes, c’est un melting-pot très réducteur et plutôt caricatural que je dresse ici. Quoi qu’il en soit, il reflète bien la tendance des discours publiques et médiatiques à nous prendre systématiquement pour des cons ! Ce qui est un comble quand on pense à la multiplicité d’initiatives culturelles, économiques ou sociales qui naissent chaque jour de l’imagination et de l’audace de nos concitoyens. Brux’n brol fait partie de celles-ci et, si son nouveau numéro a pour mot d’ordre le « pigeon », soyez sûrs que c’est bien plutôt pour le cuisiner à toutes les sauces que pour pondre des inepties. Tous les deux matins, dès 6h, retrouvez donc avec délice les recettes du Canard Bizarre, les bonnes adresses de G. Swaef, la chronique musicale de Johanan et bien d’autres rubriques tout aussi inventives ou décalées, sans oublier le travail de nos illustrateurs qui font chaque mois des merveilles. Une plongée dans l’univers bruxellois, dont j’espère que vous ne ressortirez pas indifférents!
